Hommage à Albert
Ce mardi 8 mars ,il fait très beau.
Albert Bonivers répète le geste tant aimé et accompli des milliers de fois :il roule à vélo.
Il vient de parcourir 70 km et est presque rentré chez lui :dans 5 minutes, il rangera son vélo au garage.
Il monte facilement la côte de Landrecy quand, au détour d'un lacet,un automobiliste ivre ne redresse pas sa course: il traverse la route et vient percuter le cycliste de plein fouet.
Emmené par l'hélicoptère de Bra-sur Lienne au CHU de Liège,Albert va encore lutter 15 jours avec le peu de forces qui lui restent avant de s'éteindre 15 jours plus tard.
Ce 23 mars ,le temps est magnifique,c'est le printemps! Mais Albert ne le voit plus.
Jamais plus il ne sortira son vélo. Il est parti retrouver nos copains Jules,Francis,Vanessa et tant d'autres..
Comment trouver les mots pour expliquer les sentiments qui nous animent devant la disparition
d'un homme dans ces circonstances atroces?
Une infinie tristesse? La révolte? L'impuissance devant la bêtise humaine? Oui tout cela et on peut en discuter des heures. Mais je n'entamerai pas ce débat.
Aujourd'hui j'aimerais juste vous parler d'Albert Bonivers. Un homme bien. Tout simplement.
Albert ,je l'ai connu en 1977. Lui recommençait à rouler à vélo après l'avoir un temps abandonné pour construire sa vie et sa maison.
Par hasard nos chemins se sont croisés dans notre belle vallée du Néblon. Je revois encore ce cyclo vêtu d'un maillot orange faire demi-tour et se joindre à notre petit groupe. Après la balade nous avons sympathisé et convenu de nous revoir pour rouler ensemble.
Il est vite devenu un ami,un fidèle de la maison où il avait pris ses habitudes. Venir boire sa tasse de café était un rituel immuable. Si nous ne le voyions pas pendant 3 jours, ,nous nous demandions « Tiens,as-tu vu Albert? Il n'est pas venu! Serait-il malade? »
Albert,sous ses dehors d'Ardennais un peu bourru, avait le coeur sur la main. Quand il pouvait rendre service à un ami,jamais il n'hésitait.
Infatigable travailleur,il adorait se rendre en forêt où il coupait son bois de chauffage;il maniait aussi la truelle avec bonheur pour construire et embellir sa maison.
Et puis il y avait le vélo! Ce vélo qu'il aimait passionnément depuis sa jeunesse.
Il avait roulé en compétition jusqu'à la catégorie « amateurs ». En ce temps-là,il n'était pas simple de faire carrière quand vous étiez issu d'une famille nombreuse de 10 enfants et qu'il n'y avait pas de voiture à la maison...
Plus d'une fois Albert s'était rendu au départ de courses à vélo:pas mal comme échauffement!
Plus cocasse, il lui était arrivé d'y aller en tant que passager de la moto de son frère.
Et son vélo me direz-vous ? Eh bien notre ami le maintenait solidement à son épaule...
Nous riions à l'évocation de ce souvenir tout en sachant combien fut difficile pour lui la décision d'abandonner une carrière prometteuse : il lui fallait bien gagner sa vie.
Nous avons roulé dans des clubs régionaux avant d'en créer un à Hamoir. Il en fut une cheville ouvrière durant des années avant d'en occuper la présidence les 2 dernières années..
Que d'heures passées à table autour d'une carte à discuter longuement pour préparer un beau parcours,touristique et pas trop difficile à proposer aux cyclos qui viendraient rouler à Hamoir!
Lui si fort dans les côtes disait les détester!
Etrange paradoxe d'un cycliste hors du commun.
Albert Bonivers était un grand baroudeur:après avoir goûté aux « classiques » belges, il avait commencé à découvrir les pays voisins.
Il connaissait tous les coins de France après avoir participé au Tour de Corse,à Paris Nice,Thonon-Trieste, au Tour du mont Blanc,au Tour du Lac Léman,grimpé les cols des Pyrénées, du Jura, d'Alsace,....
Pour bien préparer la saison il séjournait aussi en Espagne ,en Italie ou au Maroc ,un pays qu'il appréciait tant.
A 70 ans ,il avait la tête pleine de projets sportifs,amicaux et familiaux.
Il ne les réalisera plus car sa route a croisé celle d'un irresponsable.
Albert mon ami,tu me manques déjà. Que ton ultime voyage se passe bien !
Anne-Marie Michel